Papa Tientcheu décharge des sacs de ciment du matin au soir. Sa fille Grâce, en Terminale C, veut être la première au baccalauréat pour décrocher une bourse. Mais un soir, il la trouve en larmes sur son cahier de maths.
Papa Tientcheu et Grâce, le soir où tout bascule.
📊 En bref
- Les contes de TurboClasse : des contes illustrés, racontés dans un livre qui se feuillette, avec une morale
- Ce conte a deux parties ; voici la première
- Papa Tientcheu a quitté l'école tôt ; il porte des sacs de ciment au marché
- Sa fille Grâce, en Terminale C, doit finir première au baccalauréat pour obtenir une bourse
- Les autres ont des répétiteurs ; elle travaille seule et n'ose rien demander à son père
- Un soir, une intégrale par parties la bloque depuis cinq heures
Un conte à regarder ou à lire
Le conte se regarde en vidéo, raconté par la conteuse. Il se lit aussi ci-dessous, en entier, avec ses images.
Le conte

Dans les venelles de terre rouge d'un quartier populaire, tout le monde respectait le silence de Papa Tientcheu. Les épaules usées par les charges, la peau tannée par la poussière des sacs de ciment qu'il déchargeait du matin au soir au grand marché, il était de ces hommes dont le corps s'efface peu à peu sous la peine.

Autrefois, dans sa jeunesse insouciante, Tientcheu avait abandonné les bancs de l'école, persuadé que les bras suffisaient pour vivre. Aujourd'hui, chaque douleur dans ses reins lui rappelait le prix de cette erreur. Mais sa vie avait un sens, un seul : sa fille unique, Grâce, élève en classe de Terminale scientifique.

Grâce ne portait pas seulement les espoirs de son père ; elle portait son propre destin avec une détermination sans faille. Depuis l'enfance, elle voyait les mains de son père se crevasser pour lui acheter des fournitures, et elle s'était fait un serment secret : elle hisserait le nom de sa famille jusqu'aux sommets.

Cette année-là, l'opportunité d'une vie s'était présentée. Une prestigieuse bourse d'excellence était offerte pour intégrer une grande école d'ingénieurs. Mais les critères étaient impitoyables : pour que le dossier ne souffre d'aucune contestation face aux élèves des grands lycées huppés de la capitale, Grâce devait impérativement être la major de sa promotion au baccalauréat. Pas deuxième. La première.

Grâce travaillait sans relâche, économisant chaque feuille de brouillon, révisant à la lueur des lampes de fortune. Mais en Terminale C, la seule volonté ne suffisait plus. Autour d'elle, les enfants de ministres et de diplomates disposaient d'ingénieurs et de professeurs d'université comme répétiteurs privés à domicile pour décortiquer les problèmes d'analyse mathématique et les subtilités de physique.

Grâce, elle, affrontait ces épreuves seule.
Et comment aurait-elle pu demander un répétiteur à son père ? Elle le voyait rentrer chaque soir chancelant de fatigue, comptant pièce par pièce de quoi assurer le repas du lendemain. Jamais elle ne lui imposerait ce fardeau. Elle gardait ses angoisses pour elle.
Puis vint un soir d'octobre.

Papa Tientcheu rentra chez lui plus tard que d'ordinaire. En poussant la vieille porte de la maison, il fut frappé par le silence lourd qui régnait dans la pièce. À la lueur tremblotante de la lampe tempête posée sur la table de bois brut, Grâce ne bougeait pas. Ses bras étaient croisés sur son cahier grand format, sa tête enfouie dedans. Des sanglots muets faisaient trembler son dos menu.

Sur la page quadrillée, une étude de fonction complexe avec calcul d'intégrales était raturée avec rage. L'encre bleue avait bavé sous les larmes tombées de ses joues. Le devoir surveillé du lendemain matin était décisif : le professeur avait averti que la note de cette épreuve compterait pour la sélection finale des dossiers de candidature.

« Grâce… ma fille, qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda le père d'une voix rauque, posant doucement sa main déformée par le travail sur la tête de la jeune fille.
Grâce tenta d'essuyer ses larmes à la hâte, dévorée par la honte :
« Ce n'est rien, Papa… Je suis juste fatiguée. »
« Tu pleures sur tes cahiers et tu me dis que ce n'est rien ? Parle à ton père. »

Le barrage céda sous le poids de mois de solitude :
« Papa, je n'y arrive pas… Ça fait cinq heures que je bute sur cette intégrale par parties. Je tourne en rond. Demain matin, ce devoir détermine le classement pour la bourse. Les autres élèves ont des professeurs particuliers tous les soirs chez eux pour leur montrer les astuces. »

« Moi, j'ai voulu porter ce rêve toute seule pour te sortir de cette misère… mais je suis bloquée. Et je sais que tu te tues déjà au marché, je ne peux pas te demander l'argent d'un répétiteur. J'ai honte, Papa, j'ai l'impression de gâcher tous tes sacrifices ! »
Ces paroles frappèrent Tientcheu en plein cœur.

Le vieux travailleur tomba à genoux à côté de sa fille, sur le sol en ciment. Ses yeux se remplirent de larmes brûlantes. Il regarda ses propres paumes calleuses, capables de soulever une demi-tonne de marchandises dans la journée, mais tragiquement impuissantes devant quelques lignes de calculs abstraits.

« Pardonne-moi, Grâce… » murmura le père, la voix brisée par l'impuissance. « C'est ma faute. C'est parce que ton père n'a rien dans la tête qu'il n'a rien dans les poches pour t'offrir l'aide que tu mérites. Mes mains t'ont nourrie, mais elles ne peuvent pas te porter jusqu'où ton esprit doit aller… »
À suivre…
C'est à cet instant précis qu'un jeune homme apparut sur le pas de la porte restée entrouverte.
La suite et la morale arrivent dans la deuxième partie.
Vous aussi, vous voulez voir votre enfant se dépasser ? Offrez-lui le meilleur des répétiteurs.
Avec TurboClasse, c'est 2 fois plus vite, 2 fois plus fort, 2 fois meilleur.


